ASSOCIATION ÉTOILE INASSInass
Son histoire

Qui était Inass Touloub ?

Avant l’affaire, avant les mots qui l’ont désignée pendant tant d’années, il y avait une petite fille. Elle s’appelait Inass.

Avant l’affaire, il y avait Inass

Avant d’être « la petite inconnue de l’A10 », avant d’être désignée pendant des années comme « la petite martyre de l’A10 », elle était une petite fille.

Elle s’appelait Inass Touloub.

Inass est née le 3 juillet 1983 à Casablanca, au Maroc. Elle était la troisième enfant de sa famille. Les premiers mois de sa vie se seraient déroulés au Maroc auprès de sa grand-mère maternelle, avant qu’elle ne rejoigne sa famille en France vers l’âge de dix-huit mois.

Et puis, presque plus rien.

Nous aurions aimé pouvoir raconter quelle petite fille était Inass. Dire ce qu’elle aimait, ce qui la faisait rire, les jeux qu’elle préférait ou les rêves qu’une enfant de son âge pouvait commencer à avoir.

Mais nous ne le savons pas.

Inass avait été inscrite dans une école maternelle mais, selon les éléments rendus publics par le procureur de la République de Blois en 2018, elle n’aurait jamais été scolarisée. Elle avait pourtant une existence administrative : son nom figurait notamment dans des documents familiaux et administratifs.

À notre connaissance, aucune photographie personnelle d’Inass ne nous est parvenue.

Nous pourrions essayer de remplir ces silences, d’imaginer son caractère, son sourire ou son quotidien.

Nous avons choisi de ne pas le faire.

Parce que respecter Inass, c’est aussi accepter les silences de son histoire.

Ce que nous savons, nous le raconterons.
Ce que nous ignorons, nous le dirons.

Et au milieu de tous ces inconnus demeure une certitude :

elle s’appelait Inass Touloub.

11 août 1987 — Une petite fille sans nom

Le 11 août 1987, le corps d’une petite fille âgée de quatre ans est découvert près de l’autoroute A10, à hauteur de Suèvres, dans le Loir-et-Cher.

Personne ne sait alors qui elle est.

Une enquête considérable commence pour tenter de rendre une identité à cette enfant. Des dizaines de milliers d’écoles sont consultées, des milliers d’affiches sont diffusées à travers la France et les pistes se multiplient.

Mais aucune ne permet de retrouver son nom.

Le 9 septembre 1987, la petite fille est inhumée au cimetière de Suèvres.

Elle repose alors sans prénom.

Au fil des années, elle devient pour beaucoup « la petite inconnue de l’A10 » et sera également connue sous l’appellation « la petite martyre de l’A10 ».

Mais derrière ces mots, il y avait toujours une enfant.

Inass.

Un prénom que personne ne pouvait encore prononcer.

Une enfant sans nom, mais jamais complètement oubliée

Les années passent.

Puis les décennies.

L’enquête connaît des impasses, mais le dossier ne disparaît pas. Magistrats et enquêteurs se le transmettent au fil des années. Les progrès scientifiques permettent de reprendre certaines recherches qui étaient impossibles en 1987.

À Suèvres aussi, la petite fille demeure présente dans les mémoires.

Des habitants et des personnes de passage entretiennent et fleurissent sa tombe. Ils ignorent son prénom et son histoire mais refusent, à leur manière, de laisser disparaître cette enfant inconnue.

Ils ne savent pas encore qu’elle s’appelle Inass.
Mais ils refusent déjà qu’elle soit oubliée.

2018 — Elle retrouve enfin son prénom

La réponse viendra finalement de l’ADN.

Des années plus tard, le profil génétique de l’un des frères d’Inass, enregistré dans le Fichier national automatisé des empreintes génétiques dans le cadre d’une affaire sans rapport avec elle, permet d’établir une correspondance avec les traces ADN conservées dans le dossier.

Plus de trente ans après la découverte du corps, les enquêteurs peuvent enfin remonter jusqu’à sa famille.

Le 12 juin 2018, ses parents sont interpellés.

Deux jours plus tard, lors d’une conférence de presse à Blois, le procureur de la République annonce ce que des générations d’enquêteurs avaient cherché à découvrir.

La petite inconnue de l’autoroute A10 avait un prénom et un nom.

Inass Touloub.

Après près de trente et un ans d’anonymat, Inass retrouve son identité.

Elle n’est plus seulement « l’inconnue de l’A10 ».

Elle est Inass.

Une seconde existence dans nos mémoires

Nous ne pouvons pas rendre à Inass les années qu’elle n’a pas vécues ni reconstruire une enfance dont les souvenirs ne nous sont pas parvenus.

Nous ne lui inventerons rien pour combler ces absences.

Mais aujourd’hui, nous pouvons faire quelque chose.

Prononcer son prénom.

Le transmettre.

Raconter ce que nous savons avec vérité.

Et refuser qu’Inass redevienne un jour seulement « une petite fille inconnue ».

D’autres avaient veillé sur sa mémoire avant même de connaître son prénom.

Aujourd’hui, nous le connaissons.

Inass Touloub.

Une petite fille née le 3 juillet 1983.
Une enfant qui a existé.
Une existence qui comptait.

Et maintenant que son prénom lui a été rendu, nous n’avons pas seulement le droit de nous souvenir d’elle.

Nous avons le devoir de ne jamais l’oublier.

Inass Touloub
3 JUILLET 1983 — 11 AOÛT 1987
Une seconde existence dans nos mémoires. ⭐